Résumés des communications

Martine A. Pretceille : « Eduquer à la diversité : pour un humanisme du divers ».

Cette communication se propose de répondre à la question: pourquoi et comment éduquer à la diversité? En effet, dans un contexte hétérogène, la relation à l'altérité n'est plus implicite, mais relève d'un apprentissage et suppose une éthique qu'il convient d'élaborer et de construire: un humanisme du divers. Après avoir cerné les notions de différence et de diversité et suggéré la nécessité de passer à des catégorisations culturelles pour appréhender la question de l'altérité, on évoquera notamment l'histoire, la littérature, l'apprentissage des langues et l'éducation civique comme étant des disciplines de l'altérité et donc propres à être les supports d'un humanisme du divers.

Issa Asgarally : « L’interculturel, défi du XXIe siècle ».

Après le siècle le plus meurtrier de l’histoire et un nouveau siècle qui s’ouvre sous le signe de l’auto-anéantissement de l’humanité, avec la persistance de conflits en tous genres et la dissémination de l’arme nucléaire, il est urgent de penser autrement les cultures et les civilisations afin qu’elles n’alimentent plus la violence et la guerre, mais nous aident à vivre ensemble et à nous enrichir pleinement. Il s’agit de récuser à la fois la théorie de leur « choc » ou de leur « dialogue », car si la première repose sur une ignorance de leur histoire et sur des définitions abusives, la seconde a tendance à assigner chaque individu multidimensionnel à une « catégorie civilisationnelle ». C’est tout l’enjeu de l’interculturel. Mais il ne suffit pas de penser l’interculturel : il faut le vivre et le faire vivre au quotidien dans ses dimensions multiples : littérature et théâtre, musique et danse, arts plastiques, philosophie et histoire, éducation, etc. Dans ce sens, l’interculturel est l’un des grands défis du XXIe siècle.

Aïcha Ayoub : « Une crèche interculturelle à Rabat ».

Mountaga Diop, Sénégalais d'origine ayant vécu au Maroc, diplômé de l'Université Paris 8 en droit et stratégies action humanitaire, s'est donné pour but  de créer un cadre et des structures permettant aux mineurs, d'origine marocaine ou migratoire, de récupérer et jouir de leurs droits fondamentaux. C'est ainsi qu'est né le projet de la crèche pour l'interculturel et la paix . L'objectif est d'offrir à ces enfants un espace d'épanouissement sain et équilibré et de travailler sur le rapport des deux cultures (subsaharienne et marocaine) et de mettre l'accent sur le partage. Les mamans de ces enfants, qu'elles soient d'origine subsaharienne ou marocaine, feront partie intégrante du projet de la crèche. Elles participeront activement à la vie de la crèche, ce qui sera par là même l'occasion pour elles de bénéficier de formations et d'apprentissages professionnels afin de faciliter leur réinsertion dans la société en général, et le monde du travail en particulier.L'inter-culturalité sera le moteur et l'axe d'une nouvelle dynamique d'intégration sociale et de recouvrement des droits fondamentaux des jeunes mineurs, migrants et marocains réunis. La crèche Kirikou ouvrira ses portes en décembre 2013. A partir d'août 2013, nous mettons en place un concept de crèche mobile qui se déplacera dans les différents quartiers défavorisés de Rabat. La compagnie Kaktus est chargée d'organiser un ensemble d'ateliers artistiques (théâtre, danse, peinture, bricolage, photo, musique) assurés par des intervenants d'horizons divers. Ces ateliers convergeront vers la question du rapport au corps dans la rencontre de l'autre. Ceci a pour objectifs de relier l'art et l'éducation et d'introduire un dialogue des cultures chez les enfants et chez leurs mamans. La peur de l'autre devient curiosité et l'intégration sociale n'est plus la mise en retrait d'une culture par rapport à une autre mais une manière de vivre ensemble dans une société riche et multiculturelle.

Mylène Besson : « Dialogue-création : échanges et change ».

La forge, l'atelier, le laboratoire, l'athanor sont les lieux de la transformation. C'est là que forgerons, artistes, chimistes et alchimistes tentent des mutations. Lorsque l'atelier d'artiste devient, en plus, un réceptacle commun ou des peintres, des poètes, des photographes d'origine et de culture diverses œuvrent, la puissance des échanges est décuplée. La création artistique a besoin de stimuli et d'influences pour ne pas se figer.
Partager un atelier, échanger, transmettre des techniques, croiser des visions… Voici deux récits d’expériences : celle menée au Congo Brazzaville à l'école de Poto Poto puis au Centre Culturel Français lors de deux missions culturelles « Création-Dialogue France Afrique » proposées par Jean Luc Rondreux (chef de mission) et Dominique Doublier (directeur du centre culturel français). Et celle de deux résidences à Marrakech et Tahnaout : entre écriture et arts plastiques, travaux croisés avec et autour de Michel Butor, résidences organisées par l'association « La Rose Du Dadès », l'institut français et le Centre El Maquam soutenus par la DRAC, le Rectorat, le Conseil Régional de Picardie et le Conseil Général de l'Oise.

Chahla Beski-Chafiq : Interculturel : les enjeux du « faire société »

Aujourd’hui, l’interculturalité est le lieu de la cristallisation des grands enjeux du « faire société ». Les processus migratoires font plus que jamais partie intégrante du devenir du monde et la mondialisation croit et accélère les interactions des individus et des groupes venant de divers pays et continents. L’extension des réseaux communicationnels par les nouvelles technologies amplifient ces interactions. Or, en dépit de l’ouverture sans précédent des voies de dialogue, nous assistons à des manifestations multiformes de l’exacerbation identitaire qui en prétextant le culturel et le cultuel soutiennent les ségrégations discriminantes et les exclusions.
Comment se traduisent alors les enjeux de l’interculturalité aujourd’hui sur le terrain local, au sein des villes, dans les quartiers ? Quelles sont les interrogations majeures que se posent les acteurs sociaux et politiques dont les élus, les enseignants, les travailleurs sociaux, les acteurs associatifs et les habitants ? Comment agissent-ils par rapport à ces interrogations ? Quels sont les grandes leçons de leurs expériences ?
Ces questions constitueront le contenu de la contribution basée sur vingt ans de réflexion et d’action dans le champ des relations interculturelles en France.

Jeanne-Marie Clerc présente « Les Français vus par les Francophones »

Ce film fut réalisé dans le cadre de la fête annuelle de la Francophonie organisée au sein du Diplôme d'université d'Études francophones de l'université Paul-Valéry/Montpellier 3. Film de montage, il avait pour ambition de susciter le débat entre étudiants étrangers francophones et étudiants français. Il repose sur des documents issus pour la plupart d'interviews d'auteurs francophones exprimant leur « différence » face à la culture française. L'auteure l'a pensé comme un outil pédagogique au sein de ce diplôme d'université qu'elle a créé : comment le français pouvait servir à l'expression d'autres réalités culturelles que les réalités françaises et, de ce fait, devenait instrument d'interculturalité.

Philippe d’Iribarne : « Expériences interculturelles en entreprise ; faut-il se comprendre pour s'entendre ? »

On a coutume de dire que la bonne entente entre ceux qui ont leurs racines dans des cultures différentes suppose que chacun comprenne la culture de l'autre. L'expérience des entreprises multiculturelles conduit, sans mettre en cause cet aspect des choses, à prêter attention à une autre dimension: l'élaboration de pratiques qui, même si elles ont des sens très différents pour les diverses parties, sans que chacune comprenne le sens que l'autre lui donne, sont acceptables, voire très positives, pour chacune d'elles.

Fabienne Dorey et Isabelle Roussel-Gillet : « Parti-pris muséographique et praxis interculturelle »

L’exposition dont nous rendons compte sélectionne des œuvres qui ont pour médium privilégié le papier dans des œuvres d’artistes passeurs (écrivains, plasticiens, chorégraphes) qui invitent au pARTage au-delà des frontières. De la sélection des œuvres à la mise en discours, comment impliquer le visiteur dans la réflexion sur les entre-cultures ? Comment interroger la langue comme tout-monde, les rapports à l’altérité de l’artiste migrateur, le fruit des pratiques collaboratives et l’esthétique de l’hybridité dans l’art contemporain ?

Michèle Gazier : « Penser, rêver, écrire en plusieurs langues »

De l'interdit de l'autre langue, celle que la famille émigrée s'efforce d'oublier, d'effacer, au nom de l'intégration, à la reconquête de la dite langue par la littérature et l'étude universitaire, en passant par une troisième langue "innocente" apprise par l'oreille dans l'enfance et qui voisine avec la langue maternelle, la pensée et l'imaginaire doivent s'inventer un chemin. Comment exprimer l'intime? Peut-on écrire indifféremment dans l'une ou l'autre de ces trois langues? Quelle place respective ont-elles chacune dans la construction du moi pensant, moi rêvant, moi écrivant? Quel rapport l'identité entretient-elle avec la langue cachée, la langue oubliée, la langue interdite, la langue parlée?

Gérôme Guibert :

Le diplôme Ingénierie des Echanges Interculturels de Paris 3 Sorbonne Nouvelle : « Entre local et global, réseaux culturels à l'étranger et expertise des mutations de la France au quotidien » (Problématique du master, type de stages et d'emplois).

Jagdish Gundara :« Interculturality and Inequalities: Implications for Multicultural Polities »

This paper will consider issues of interculturalitity during the present time and examine the ways in which intercultural; understandings can be enhanced and also examine the basis for interethnic conflicts. Some of these issues include the high levels of inequalities as well  as social distances between groups which have increasingly begun to define themselves in ‘essentialist' ways. The paper will analyse the types of policies and actions which may be able to reduce intercultural conflicts and enhance dialogue and understandings.

Alexis Nouss : « Esthétique interculturelle, esthétique de l’interculturel »

L’interculturel se partage le champ du pluralisme culturel avec d’autres notions telles que le transculturel ou le métissage qu’il importe de distinguer afin de parer aux manipulations idéologiques néfastes. En quoi et comment les productions artistiques, notamment musicales, peuvent-elles aider à dégager les traits distinctifs de ces notions afin de leur redonner une pleine efficacité conceptuelle autant que politique ? La présente communication tentera d’y répondre à partir d’exemples tirés de diverses aires géoculturelles.

Julie Peghini et Nadine Wanono : « Penser l'interculturalité depuis Mayotte »

« Naissance d'un département, identité d'un territoire » : tel fut le fil conducteur de la première mission de terrain réalisée en septembre 2012 à Mayotte. Comment expliquer et comprendre l'invention de catégories pour fermer un territoire ? La catégorie d'immigrés clandestins a été créée de toute pièce depuis l'instauration du visa Balladur en 95, qui a interrompu la libre circulation entre les différentes îles de cet archipel. La condition de clandestin et les différentes formes de contrôles politiques engendrent des récits construits autour de silences, de non-dit, d'auto–exclusion. Pour tenter de saisir tant la complexité que la douleur extrême qui accompagne ces situations d'espoirs fous et de misère, nous avons écouté les récits de vie de femmes et d'hommes confrontés à des histoires et des situations particulièrement complexes. Ces témoignages filmés nous ont incité à explorer d'une part les modes d'expression des relations implicites entre émotion, perception et narration et d'autre part à considérer ces récits comme une forme de réappropriation de soi. Au cours de cette intervention, nous présenterons tout d'abord les terrains qui ont précédé Mayotte pour chacune d'entre nous, l'île Maurice et le Mali, sous l'angle de la question de l'interculturalité et de sa représentation, puis nous présenterons et commenterons des extraits filmés de notre terrain commun à Mayotte.

Jennifer Takhar : « Marketing Critique et théorie postcoloniale »

Cet article s’interroge et fait le point sur la recherche universitaire en ce qu’il est convenu d’appeler le « marketing critique » et sur les changements entre le passé et les définitions actuelles données par des auteurs se revendiquant de la pensée critique comme Burton (2000), Saren (2006, 2011), Shankar (2007) et Catterall (2007). Je commencerai par situer la discipline par rapport à sa forme canonique dite théorie pure, puis nous survolerons les travaux de théoriciens critiques comme Nikhilesh Dholakia et al. En abordant plus particulièrement les apports « critiques » de Jonathon Schroeder dans un champ d’investigation souvent jugé périphérique – négligé selon certains –, je montrerai qu’écrire sur le marketing critique ne nécessite pas de se faire de manière subreptice telle une opération de guerrilla, comme semble le suggérer cet auteur (2007), mais qu’au contraire il y a là une réelle opportunité de défibriller et de revigorer les canons du marketing via la réflexivité de la recherche et l’ouverture aux inflences d’autres disciplines. Je défends l’idée de davantage d’intertextualité et de fertilisation croisée de la théorie critique en marketing, par un engagement actif dans les tropes postcoloniaux qui sont intimement liés à la connaissance de soi, aux politiques d’identité et à la prise en compte de la subjectivité.

Bruno Thircuir : « Faire de l’altérité et de l’écart de perception une force de création théâtrale »

Proposition de présentation des pratiques théâtrales de la fabrique des petites utopies :
La fabrique des petites utopies est une compagnie nomade cosmopolite qui depuis 1999 parcours le monde en camion-théâtre et sous son chapiteau. Douze spectacles ont été créés et joués en France et dans une quinzaine de pays sur trois continents.
Lors de cette présentation en table ronde, je vous propose d’aborder trois spécificités de cette démarche artistique.

  1. S’installer en résidence de création à l’étranger le plus souvent possible pour mieux parler du monde contemporain. Sur douze créations, dix ont été créées à l’étranger en intégrant à la compagnie une dizaine d’acteurs de nationalité aussi bien….. L’exemple de la création « Nous sommes tous des K. » d’après le roman le Château de F. Kafka
  2. Diffuser nos spectacles à l’étranger en retravaillant avec de nouveaux acteurs issus des pays qui nous accueille.
  3. Nous aimons répondre aux invitations de festivals internationaux en retravaillant la création de manière à lui donner une nouvelle dimension liée au pays invitant. Comparaison des tournées en Russie et au Mexique « des Enfants d’Icare »
  4. Etre des militants de la diffusion artistique dans les quartiers à forte fracture culturelle

Nous pensons que c’est notre rôle que de tenter d’être des passeurs de poésie dans les espaces ruraux ou urbains dépourvus de structure culturelle fixe. Evocation du travail effectué pendant 4 ans dans un quartier en rénovation urbaine.
Une tentative de synthèse pourrait consister à évoquer notre joie d’être une compagnie de théâtre multiculturelle, multiconfessionnelle, multiréelle. Partager la sensation que nous avons fait de nos différences le moteur de notre plaisir à travailler ensemble pour raconter la complexité du monde.